Performer en match comme à l’entraînement, est-ce possible?

Définir les objectifs 

Pour certains, prendre des cours de tennis les détend, pour d’autres cela les fait travailler physiquement et les garde en forme. Certains joueurs aiment l’aspect technique de l’apprentissage du tennis, tandis que d’autres préfèrent l’aspect tactique et compétitif de ce sport. Pour ce dernier groupe qui aspire à jouer des matchs récréatifs, compétitifs ou des tournois, il devient très important de pouvoir transférer les acquis de l’entraînement dans de vrais matchs. Pour ce faire, différentes stratégies existent et je vous ferai l’exposé de quelques unes des clés  pour réussir une bonne transition. 

En tant qu’entraîneur de tennis, je reçois de mes élèves  beaucoup de commentaires qui ont trait à la difficulté de transférer  ce que l’on apprend à l’entraînement dans de vrais matchs plus compétitifs. Cette difficulté est bien réelle et se fait même sentir au niveau professionnel. On a juste à penser à certains matchs de haute importance dans lesquels même les meilleurs joueurs au monde cèdent sous la pression en faisant par exemple une double faute sur un point crucial d’un match. Ce même joueur pourrait réussir son deuxième service à l’entraînement les yeux fermés des centaines de fois consécutives, mais l’enjeu n’est pas le même!

C’est pour cela qu’il faudra, pour un élève qui aspire à jouer des matchs et des tournois, faire ressembler le plus possible l’entraînement au match réel. Ceci se fera graduellement en s’assurant que les bases techniques sont bien acquises et que la réflexion par rapport à celles-ci soient de moins en moins présentes en match pour laisser plus de place aux aspects tactiques et stratégiques, qui sont plus importants pour l’obtention d’un bon résultat. Il est donc très important en match de ne pas trop s’attarder aux composantes techniques de notre jeu mais plutôt sur la stratégie à employer contre tel ou tel adversaire. Comment attaquer mon adversaire, quelles sont ses faiblesse, comprendre quel style de jeu il préconise pour pouvoir le contrer. Au tennis, comme dans de nombreux sports, il faut toujours tenter de jouer ses forces contre les faiblesses de son adversaire. Encore faut-il connaître ses propres forces et tenter de découvrir les faiblesses de son opposant le plus vite possible dans le match. Attardez-vous quelques instants à dresser la liste de vos forces et faiblesses et demandez ensuite à un joueur rival ou un entraîneur de valider vos impressions…peut-être serez-vous surpris de leurs réponse! Dans le cas contraire vous connaissez bien votre jeu et pourrez utiliser ces informations à bon escient durant vos matchs!

Se réchauffer, se concentrer, compétitionner, mais surtout avoir du plaisir! 

Le réchauffement d’avant match est certainement le grand négligé lorsqu’on parle de performance au tennis. Il est tellement important de s’activer pour ne pas se blesser durant un match mais aussi pour avoir des sensations avant le début de la partie pour avoir une certaine confiance d’entrée de jeu. Un peu de course, de corde à sauter, de déplacement rapides, pas chassés, etc. Ensuite s’il est possible de frapper des balles durant une trentaine de minutes avant le début du match cela sera très bénéfique. Bougez le plus possible avant le match pour donner à votre corps la sensation d’être vraiment prêt quand le match commencera. Il faut aussi tenter de relaxer le plus possible, certains opteront pour écouter de la musique dans des écouteurs, d’autres feront un peu d’étirements ou de méditation, peu importe la façon, il faut trouver un endroit de calme mental avant le début de la compétition! 

Ensuite il est évident que la concentration est une composante majeure de la performance en match. On ne saurait exécuter adéquatement sans concentration. Visualiser ce que l’on veut faire durant la partie, par exemple: je veux frapper le plus possible sur le revers de mon adversaire car cela représente une faiblesse dans son jeu, ou je veux échanger le plus longtemps possible avec l’adversaire en début de match car il est un attaquant (pur) qui a tendance à précipiter le jeu et faire des erreurs. Il faut idéalement se trouver des façons de bien rester concentré sur les chose à faire. Certains aimeront jouer avec leurs cordage pour se recentrer, d’autres marcheront derrière la ligne de fond en réfléchissant aux choses à faire. Peu importe la stratégie, prenez votre temps et gardez le focus sur des choses simples et importantes au bon déroulement de votre match.

La compétition implique nécessairement l’effort et le travail, pour le meilleur et pour le pire! Une chose est sûre, tant qu’on compétitionne bien, c’est-à-dire qu’on donne tout sur chaque balle, qu’on fait le dernier pas pour se mettre en bonne position, qu’on étend la raquette pour toucher à une balle qui semble impossible à jouer, qu’on travaille sans relâche à faire le maximum avec chaque balle, on se donne une sérieuse option sur le match contre un joueur de son calibre et même un peu plus fort! Cela est vrai pour les joueurs récréatifs que nous sommes mais aussi pour les professionnels qui doivent se battre tous les jours avec de très bons adversaires, talentueux et très entraînés. Mais qui sera prêt à donner l’effort supplémentaire pour gagner. Cela fait partie du plaisir à mon avis!

Il n’est pas réaliste de penser qu’à un niveau de jeu récréatif de 2.0 à 4.0, que nous performerons aussi bien en match qu’à l’entraînement. Il faut donc tenter de minimiser l’écart entre la performance à l’entraînement et celle en match. Plusieurs joueurs réussissent beaucoup de bonnes choses durant les entraînements mais ne réussissent pas à transférer cela en match. Ils joueront peut-être à 50, 60 ou 70% de leurs capacités durant un match avec un enjeu. Ceci est à la fois difficile mentalement et moralement! Il est donc important de prendre le tennis pour ce qu’il est, c’est-à-dire un jeu! Ne pas se mettre trop de pression et garder à l’esprit pourquoi nous pratiquons ce sport. Même les professionnels le disent souvent, sans plaisir pas de performance! 

Si on regarde les statistique des matchs professionnels, on se rend compte assez rapidement que l’écart entre les coups gagants et les fautes directes est très important. Par exemple, un Federer en grande forme pourrait frapper 40 coups gagnants vs 15 erreurs non-provoquées (des fautes commises sans être sous pression, donc des coups que l’on aurait dû réussir) dans son match et cela sera une excellente journée. De façon plus standard, les coups gagnant et fautes directes sont souvent au même niveau, soit par exemple 25 coups gagnants vs 25 erreurs non-provoquées. Ceci demeure un bon match. Mais plus souvent qu’autrement les joueurs se retrouvent à frapper plus de fautes directes que de coups gagnants dans un match et peuvent malgré tout remporter la victoire (il faut aussi tenir en compte les erreurs provoquées, c’est-à-dire les erreurs que l’on crée chez l’adversaire en mettant de la pression sur lui). 

Alors comme joueur récréatif, peut-on s’attendre à produire plus de coups gagnants que d’erreurs non-provoquées durant un match? Cela est très très peu probable. Il serait donc intéressant de s’attarder au fait que les matchs récréatifs même à un niveau de jeu de 4.0, se gagnent grâce au fait de retrancher des erreurs non-provoquées plutôt qu’en essayant de produire des coups gagnants à répétition. Cela revient à dire de jouer de façon intelligente et de jouer à l’intérieur de ses moyens! Je comprends très bien comme joueur que de frapper un coup gagnant est une sensation extraordinaire que l’on veut ressentir le plus souvent possible, mais est-il réaliste de penser qu’on pourra le faire à répétition dans un match avec un enjeu? La réponse est clairement non! Si même les pros qui s’arrachent à l’entraînement 4-5 heures par jour ont de la difficulté à avoir un ration coups gagnants vs erreurs non-provoquées positif, imaginez le joueur récréatif qui s’entraîne 3 heures semaine! 

Il faut donc se donner des objectifs réalistes, des cibles dans le terrain qui sont plus grosses et tenter de garder la balles dans le terrain un coup de plus que son adversaire! En réduisant de façon significative les erreurs non-provoquées, on se donne toujours une chance de gagner. En tentant des coups qu’on ne possède pas pour finir le point en coup gagnant, on se donne une bonne chance de perdre… à vous de choisir! 

Comment s’entraîner pour performer en match 

Comme je l’ai mentionné au préalable, nous devons avoir des entraînements qui ressemblent de plus en plus à des situations réelles de matchs. Entraîner des patrons de jeu qui nous serviront plus tard sera très bénéfique. Par exemple travailler un début de point croisé du coup droit pour ensuite tenter de changer la direction en parallèle quand le moment est opportun; pratiquer un service sortant pour ouvrir le terrain et quand on le réussit, attaquer dans l’ouverture. Toutes sortes de patrons de jeux peuvent être entraînés et pourront ensuite être exécutés durant de vrais matchs de façon plus naturelle sans trop de réflexions techniques, ce qui nous aidera à perfomer de mieux en mieux. 

On peut donc utiliser une progression dans la difficulté et l’intensité des patrons de jeux que l’on va entraîner. On peut commencer avec son partenaire d’entraînement ou avec son entraîneur en engageant une balle sans service ou retour de service, et jouer le point de cette façon, sans trop de pression. Par exemple commencer un échange au centre du court pour quatre balles et à la cinquième frappe, le joueur aura le droit de commencer à faire bouger son partenaire et on jouera le point ensuite. On peut aussi commencer un échange de revers à revers pour trois ou quatre balles pour ensuite enclancher le point pour vrai. On peut ensuite refaire les mêmes exercices mais en se donnant un pointage à atteindre, par exemple une partie de 7 ou 10 points. Ceci permettra de sentir comment se passent de vrais points complets pour que l’on aie une idée des choses à améliorer mais aussi des choses que l’on sait bien exécuter durant le jeu. 

L’étape suivante pourrait être d’ajouter le service et retour de service dans le jeu. On peut aussi le faire dans des partie qui ressembles à des bris d’égalité, c’est-à-dire des parties de 7 ou 10 points. Ceci permettra d’éviter d’avoir à gérer le pointage d’une vraie manche complète de tennis qui fait souvent en sorte que les joueurs se mettent à surjouer le pointage ce qui a des effets néfastes sur la performance. Il faut mentionner à ce stade que tout joueur qui aspire à jouer des matchs et qui désire s’améliorer et gagner, se doit invariablement de mettre beaucoup de temps dans la pratique du service mais aussi du retour de service. Ce dernier coup est certainement sous-entraîné et ce à tort car il est d’une importance capitale pour bien performer. 

Quand on commencera à sentir que notre jeu dans des petites parties de 7 à 10 points commence à être intéressant et à ressembler à notre jeu à l’entraînement, on pourra commencer à transférer vers de vraies manches complètes de 6 parties, pour ensuite jouer des matchs entiers du meilleur? de 3 manches. N’hésitez jamais à revenir à la formule des bris d’égalité si votre jeu ne vous satisfait pas, cela vous enlèvera un peu de pression et vous aidera à continuer à mieux perfomer graduellement. 

On peut aussi utiliser certaines techniques à l’entraînement pour mimer la pression qu’on ressentira durant un vrai match :  

  • Le serveur n’a droit qu’à un seul service. Il devra être constant et mettre beaucoup de services en jeu en pratiquant sa 2e balle. Le retourneur pourra alors pratiquer à être constant mais agressif en retour de 2e balle de service. 
  • Le serveur démarre chaque partie à 0-30. Encore une fois sous pression, celui-ci devra remonter la pente avec son service s’il aspire à gagner la partie. Le retourneur apprendra à gagner le bris de service en mettant de la pression sur le serveur. On peut aussi faire le contraire et donner au serveur une avance de 30-0 pour voir s’il est capable de bien tenir le coup et gagner sa partie au service. Le retourneur aura alors le choix d’être agressif pour ramener le score à 30-30 ou jouer de prudence et relancer pour tester la capacité du serveur à gagner la partie. 
  • Tous les coups qui frapperont le filet donneront 2 points à l’adversaire. Les joueurs apprendront sous pression à donner de la hauteur à leurs frappes pour ne pas faire de fautes directes au filet. Ils devront donc mettre plus d’effet brossé et se garder ainsi une marge de manœuvre nécessaire pour gagner le point. 
  • Le joueur qui fera faire une erreur à son adversaire avec une faute provoquée en lui mettant de la pression et en le faisant bouger obtiendra 2 points, tandis que celui qui fera la faute directe perdra 2 points.
  • Toutes ces situations feront en sorte de vous forcer à trouver des solutions pour gagner vos parties avec un élément de stress supplémentaire qui vous prépareront à jouer de vrais points dans de vraies parties. 

Comment gérer son match : 

Au tennis comme dans le reste de la vie, il faut toujours regarder où on veut aller et non pas où on ne veut pas aller!  Par exemple si on vient de produire deux doubles fautes consécutives, il faudra arrêter de penser à ne pas mettre la balle au filet, mais bien (de) penser à où nous attaquerons l’adversaire avec le prochain service. Si cela fait deux fois que nous mettons la balle trop loin à l’extérieur du terrain, il faudra penser à accélérer dans la balle et mettre de l’effet brossé au lieu de penser sans arrêt à la crainte de frapper trop fort et ainsi retenir sa frappe et avoir encore plus de difficulté à garder la balle en jeu! Toujours regarder où on veut aller! Avoir des intentions claires et garder le jeu simple.

Il est également très important de jouer pour gagner et non pas jouer pour ne pas perdre! Les exemples sont nombreux pour imager ce que cela veut dire. Combien de fois nous retrouvons-nous en position de force dans un échange, à bousculer notre adversaire, à recevoir finalement une balle courte pour ensuite la mettre hors du terrain alors que notre adversaire n’est même plus dans le jeu? Jouer pour gagner veut dire de frapper la dernière balle pour gagner le point avec autant d’intensité et de détermination que lors des coups précédents. Ne pas espérer que la balle tombe en jeu mais accélérer avec conviction pour la mettre en jeu et non pas la «pousser» dans le terrain. 

Il serait aussi intéressant à un certain niveau de tenter de définir son style de jeu . Suis-je un attaquant qui a de gros coups et peut dicter le jeu à volonté? Alors je pourrai accepter de faire plus de fautes directes car mes coups gagnants seront plus nombreux. Suis-je un relanceur qui ramène tout en jeu mais n’a pas beaucoup de puissance? Alors réduire les erreurs non-provoquées au minimum sera une bonne stratégie. 

Cette connaissance de mon style de jeu pourra me permettre de définir un plan de match plus clair à appliquer et éviter de me perdre dans des échanges où mes intentions ne sont pas claires.

Ceci étant dit, je vous rappelle l’importance de s’amuser et de garder en tête qu’il y aura toujours plus de défaites que de victoires. Ce qui importe est la faculté que l’on a d’apprendre de ses erreurs et de ses défaites pour toujours s’améliorer! 

Bon match!

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