Un premier Ironman…

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…ou l’art de passer une année complète à penser juste à une chose!

Face au lacUn premier IM… 1

Les deux pieds impatients sautillants dans le sable froid, les sensations un brin étouffantes d’un wet qui subitement entrave peut-être le mouvement du bras gauche, et puis, au loin, une radio nous garroche un des derniers succès du moment, aussi énervant qu’entraînant. On a déjà passé, de peine et de misère, sous la clôture séparant les très, très nombreux supporteurs des athlètes, et là c’est vrai, c’est imminent, on a presqu’écouté l’hymne national et on entend maintenant un bruit de cornet strident, un coup de feu, des jets de l’armée et c’est le départ des pros. C’est là que ça m’est arrivé; une larme à l’œil gauche venait signer la nouvelle buée dans mes lunettes mises trop tôt en même temps qu’elle venait mettre un frein à toutes mes ambitions.

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J’étais là, au départ d’un Ironman complet, privilégié d’être en santé, préparé comme un bon élève respectueux ayant fait tous ses devoirs, séparé brièvement de ma blonde qui devait prendre le départ après moi, et avec au ventre, des papillons du paradis et un doute de l’enfer envers mes performances. Mais j’étais là, ému et prêt. J’allais faire de mon mieux, au Diable les prétentions. Dans mon regard, aussi humide et humain que celui d’un Boston terrier, se lisait la peur du défi, la fierté d’en faire partie et tout mon amour pour mes fils et ma blonde. Cette larme à l’œil gauche, il paraîtrait qu’elle est universelle, qu’elle s’insinue dans presque toutes les goggles des recrues de la longue distance. Si j’avais pu la laminer et l’encadrer, je l’aurais fait, car elle symbolise tout ce qui précède et tout ce qui suivra un premier Ironman.

En religion

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Au moment où j’ai fait mon premier Ironman, les défis en équipe n’était pas permis. Cette particularité rendait peut-être plus difficile la rentabilité (la profitabilité plutôt…) de l’événement, mais pour la magie, c’était tout simplement incroyable. Le fait que nous étions tous dans la même galère, que personne ne faisait une épreuve plus frais qu’un autre, accentuait l’aspect religieux du défi (je ne te parlerai pas encore une fois d’Adam ou de Joseph; promis – lire « la côte d’Adam » – , mais éventuellement, je te parlerai de Noé, avec les déluges que j’ai connu sur les épreuves Ironman, je me permettrai…). À mon premier Ironman, il y avait mes fils et une partie de ma famille pour m’encourager, et croyez-moi, ça fait une différence. Pour tout dire, je comptais démissionner après la première boucle de vélo car j’étais malade, mais quand j’ai aperçu ma famille à la fin du 90è km, je me suis mis à pédaler comme un pro (l’idée que j’avais d’un pro…) pour faire bonne impression et pour que ma gang n’ait pas l’impression de s’être déplacée pour une larve à l’agonie, et j’ai oublié, littéralement, d’entrer dans la zone de transition pour en finir. Aussi vrai que con. J’étais reparti et j’avais décidé de remettre le projet d’abandon entre les mains du CA (composé uniquement de ma blonde et de moi-même) au début de la course à pied. Une des meilleures idées de ma vie car la course s’est finalement bien passée. Voilà un échantillon très représentatif de l’importance des supporteurs, mais aussi, un exemple concret des montagnes russes que nous vivons lors d’un complet. Nous étions aussi très nombreux (une douzaine?) au sein de mon club de triathlon, à faire, ce jour-là, un premier complet; alors le club s’était massivement déplacé pour venir supporter, et, ça aussi, ça fait une sacrée différence. L’effet de groupe…

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crédit Rémi Minville

Conseil #1 : pour ton premier, si t’en choisis un près de chez-toi, t’auras beaucoup de supporteurs, penses-y, l’énergie que procure les gens que t’aime est souvent plus forte que la magie des lieux dans l’équation…

Conseil #2 : préviens aussi ta famille que tu ne seras peut-être pas loquace après la course, que tu végéteras peut-être longtemps dans la zone pour athlètes à manger ou à être tout croche, et qu’il se pourrait donc que tu peines à leur parler plus de 2 minutes, mais que leur présence vaut vraiment son pesant d’or pour toi.

Conseil #3 : vis chaque étape comme du monde! Prendre le temps pour chaque rituel est important (du marquage d’avant la course, de la cérémonie de l’applique du BodyGlide un peu trop partout, de l’enfilade de wetsuit avec la famille, en passant par les larmes sur la plage, ou le vomit en vélo, ou le vomit à la course à pied, ou le vomit après le fil d’arrivée, ou le v…; enfin, t’as compris). Un Ironman, c’est tout ça. L’arrivée aux aurores, le gonflage de pneus, le stress devant les toilettes, l’asphalte froide de la zone de transition et l’accolade des camarades. Il faut tout vivre chaque étape avec les bonnes lunettes, roses, les lunettes.

Conseil #4 : ne crie pas après le bénévole du stationnement, il ne peut faire la différence entre un participant et un supporteur; ce qu’il voit, c’est un stationnement plein et une personne en retard, arrive donc tôt mais pas trop (pour éviter de changer de plans dix fois dans l’énervement). T’as aussi le droit de remercier chaque bénévole.

Les premières fois

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Bien sûr, avant mon premier 140,6, il y avait eu un premier 70,3 et un premier olympique. Je t’ai déjà parlé de la règle de trois (faire 3 sprints avant 1 olympique, 3 olympiques avant un 70.3, 3 70,3 avant un complet, lire « Tout est possible…vraiment? ») et de respecter les distances. Pour ma part, personne ne m’avait suggéré d’observer ce genre de règle et, comme j’avais déjà fait un marathon et plusieurs demi-marathons au moment où j’ai commencé le triathlon, j’ai alors cru que c’était une bonne idée de commencer directement par la distance olympique. De ce premier olympique je retiens surtout cette anecdote qui m’émeut encore aujourd’hui; ma blonde m’avait ajouté en cachette une demie barre énergétique sur mon vélo pour s’assurer que je mange suffisamment. Disons que ça m’avait tellement touché, que le motton que j’avais en gorge m’empêchait d’avaler la barre en question…Il faut aussi dire que nous faisions nos classes en triathlon et que la partie nutrition, ben, c’était celle qui était la moins au point! La gestion de l’énergie était aussi, disons, très économique; j’avais tellement peur de manquer de jus pour le sport suivant que je ne poussais pas dans aucun sport…enfin. Mon premier 70.3 en revanche, j’étais prêt comme pas un. Résultat? C’est probablement mon meilleur souvenir d’un triathlon à vie. J’avais tellement tout fait correctement dans ma préparation, que le jour J n’a été qu’une fête, qu’un couronnement de tous les efforts. Malgré une blessure, une crevaison et une pénalité (je n’ai jamais compris pourquoi on donnait des pénalités pour sillonnage en montée…), mon souvenir demeure extraordinaire. Si le souvenir est si important, c’est entre autres parce qu’il est lié à un défi de taille. En faisant un premier 70.3, on a l’impression d’entrer dans une famille un peu sélecte de triathlètes sérieux, et on a la certitude d’avoir travaillé dur, d’avoir le droit d’être fier. C’était encore plus vrai il y a quelques années. À l’époque de mon premier, il n’y avait pas la confusion entre un Ironman et un demi-Ironman (encore moins avec les autres distances car la bannière n’en offrait pas), cependant, l’habitude de faire de la longue distance n’était pas aussi répandue qu’aujourd’hui. La rareté relative ajoutait à la préciosité, si je peux dire.

Prêt pas prêt

On dira ce qu’on voudra, plus le défi est de taille, plus la distance est mythique, plus l’entraînement a nécessité du temps et des sacrifices, et bien, plus l’événement sera empreint d’une aura particulière. Le sentiment de peur, d’appréhensions, de doutes mélangé à l’envie de déchirer le sol après une période d’affûtage adéquate vient brasser une étrange mixture dans notre corps et notre esprit. T’as fait tout ce qu’il fallait, c’est certain, mais toi, t’en n’es plus certain du tout. C’est normal. La période d’affûtage fait ça aussi; ton corps est habitué à une certaine charge, un certain volume, et là, comme tu lui dis de ralentir quelques jours (pour mieux exploser ensuite, mais ça, ton corps a du mal à suivre le raisonnement), il s’impatiente ou, ça arrive aussi, il s’écrase. C’est nor-mal. Tu es prêt. Et si tu ne l’es pas à 100%, tu ne pourras rien changer à tes performances en moins de 10 jours. Fais confiance à ton entraîneur si t’en as un, sinon, fais confiance à ta préparation si t’as été bon élève. Tu n’as peut-être pas beaucoup de repères, mais généralement, quand on a travaillé fort, on ne rate pas complètement sa cible…

Un premier IM…

Si tu n’es vraiment pas prêt (ton emploi t’a kidnappé trop souvent, t’as été malade, blessé longtemps, t’as connu un deuil, une séparation ou autre), soit intelligent et reporte le projet. Les gros défis, ça ne devrait pas être une affaire de checked list qui obéit à un bizarre de calendrier; respecte la distance et respecte ton corps surtout. Quand on n’est vraiment pas prêt, d’habitude, on le sait. Ça n’a rien à voir avec les inquiétudes ou angoisses de dernière minute, mais bien avec une préparation déficiente. Un premier Ironman ou un premier marathon, on ne fait pas ça mal préparé; on se reprend en mains et on déplace le projet (à l’an prochain s’il le faut). Tu ne veux pas tenir le premier rôle d’une tragédie dont tu ne connais pas la fin. Ça fait mal au portefeuille et parfois à l’orgueil mal placé, mais vaut mieux ça que de rentrer en ambulance ou que d’y laisser sa peau.

No way, Noé

Le déluge? Non, ça n’arrivera pas et je n’aurai pas de crevaison non plus. Hmmm…pas sûr. Prépare-toi, la pluie torrentielle, ça se peut. Inutile d’en faire des cauchemars, tu n’as pas de contrôle là-dessus. Mais sur la pression des pneus; oui! Sur savoir changer une chambre à air rapidement; oui! Sur la prudence; oui! Sur la nutrition; oui! Diminue la pression des pneus habituelle afin d’augmenter l’adhérence, diminue la vitesse en vélo afin de réduire les risques d’accrochage, apporte plus de bouffe car pour lutter contre le froid que la pluie amène; faut manger plus. Prévois différents kits de vêtements aussi. Pratique-toi à changer des chambres à air. Tu veux que cette journée soir paradisiaque même si la température semble te suggérer autre chose, et c’est possible, concentre-toi sur ta discipline et le fil d’arrivée goûtera le ciel (bleu, le ciel, peu importe l’heure d’arrivée et Météo Média).

Tu sais que j’arrange ça, moi, les Saintes écritures? Ben, ça a l’air, d’après la légende, qu’Adam était un mauvais grimpeur et qu’il avait pris son vélo de tri pour monter le mont Ararat. Adam était un « influenceur », et, sous son joug, tous les hommes étaient devenus de mauvais grimpeurs. Pas ben, ben content de ça, Ironman avait décrété 40 jours de pluie pour nettoyer les mauvaises vibes, et privilégier Noé, un age grouper de 950 ans qui faisait les choses correctement. Noé n’aimait pas l’idée, il aurait donc construit un arche de carbone en prévision du déluge et y aurait fait entrer la compétition, des gens de tous les âges et de tous les sexes, de même que des dérailleurs allemands, asiatiques, italiens autant qu’américains, mais surtout, il aurait fait en sorte qu’à l’avenir, tous les types de coureurs et coureuses auraient droit de participer à ce genre d’épreuves pourvu qu’ils ou elles se préparent. Pas besoin de vélo cher, pas besoin d’avoir le corps d’un dieu grec ou d’une déesse du Gym Du Coin. Faut juste respecter la discipline et respecter ton corps. Noé aurait dit no way à ben des affaires, mais il n’aurait pas réussi à contrôler la température les jours de compétition. On l’aime quand même, ce vieil age grouper. Je délire hein? Peut-être, mais pas quand je te souhaite une belle première course de longue distance.

Tu es prêt, j’en suis certain. Et n’oublie pas d’avoir du plaisir!

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