Éducaquoi?

Éducaquoi? 1

ou les bienfaits des éducatifs en entraînement

L’échauffement et le reste

Nadia m’avait bien averti qu’elle ferait ses devoirs avant de venir au club de course, soit, être capable de courir 20 minutes en continu. Il faut savoir que les avertissements de Nadia ressemblent à des menaces. Je savais donc que si elle se pointait un jour au club, cela voulait dire qu’elle était capable de courir les fameuses 20 minutes en continu, mais aussi, cela impliquait un engagement de ma part. En d’autres mots; zéro bullshit sur l’entraînement à venir au risque de me faire arracher la tête. Elle l’aurait fait, je le sais, car elle est Beauceronne (je parle en connaissance de cause; ma mère était Beauceronne). Bref, lors du premier entraînement de Nadia au sein du club, Nadia a eu une surprise : le 20 minutes en continu allait se répéter quelques fois…Donc après un échauffement d’environ 15 minutes, Nadia croyait presqu’elle irait se coucher dans 5 minutes au moment où je lui ai dit qu’on en avait pour près de 10 minutes d’éducatifs avant de commencer (je crois bien que j’avais dit très rapidement le « avant de commencer ») l’entraînement. Des quoi??? Je pense que le mot « éducatifs » m’a sauvé la peau car elle a buté sur ça plutôt que sur le reste de ma phrase. Nadia savait très bien ce qu’étaient des éducatifs (elle était en athlétisme plus jeune) et comme elle se sentait déjà au bout de sa corde, la perspective d’aller jouer sur ce terrain-là ne l’enchantait guère. Pour ma part, le fait que Nadia voyait les éducatifs comme un autre effort à livrer plutôt que d’un passage obligé ennuyant m’a fait plaisir; ça voulait dire qu’elle avait l’habitude de mettre du cœur dans ce qu’elle entreprenait. Le club de course ne serait donc pas pour elle une agence de rencontres ou un sujet de conversation à glisser lors des 5 à 7 (ou un prétexte pour éviter lesdits 5 à 7 ou les réunions tardives), mais bien un lieu de dépassement. Yé! Alors, pour se dépasser, Nadia allait se dépasser ce soir-là (et dans l’année qui allait suivre, que dis-je; dans les années qui allaient suivre).

Il faut savoir qu’une bonne séance de course à pied est précédée d’un échauffement (une course lente qui dure généralement entre 10 et 20 minutes; plus la séance est difficile, plus long doit être l’échauffement), suivi d’étirements dynamiques (attention : pas des étirements musculaires d’après course, mais des sautillements sur place, des balancements des jambes, du bassin, etc.), d’une série d’éducatifs et de quelques accélérations progressives. Ensuite, on entame le cœur du travail, soit, les intervalles ou les allures spécifiques.

Des éducaquoi?

La technique étant un des plus importants gages de performance, et bien ça passe par les éducatifs. Plus tu maîtrise la technique, plus t’as de munitions pour courir vite et longtemps (longtemps sur une sortie, longtemps dans la vie…), et moins tu te feras mal. La technique, c’est l’équivalent de ton budget, c’est un des plus importants outils pour réduire la fatigue, bref pour économiser ton énergie. Tu veux améliorer ta foulée ou corriger un défaut? Éducatifs.

On appelle éducatifs les exercices, les « drills », les routines à répéter avant d’attaquer le corps principal du travail pour une activité donnée. Si on prend la course à pied, une déclinaison d’éducatifs existe pour chaque partie ou étape que l’on souhaite développée. On peut facilement trouver 5-6, voire 8, éducatifs visant à améliorer notre technique pour chaque partie étudiée. Faits de manière assidue, ces exercices deviendront de plus en plus naturels et imprégneront la mémoire de votre corps lorsque vous irez courir. Par exemple, il y a des éducatifs pour développer l’amplitude, pour diminuer l’oscillation verticale et la perte d’énergie qui en découle, des exercices pour économiser la foulée, pour avoir une meilleure attaque du pied, pour que le pied attaque au bon endroit, pour que les genoux ou les bras travaillent efficacement, pour améliorer la propulsion, etc. En d’autres mots, les éducatifs, ben c’est une sorte de caricature d’un mouvement de course qu’on décortique afin de l’améliorer, d’être plus efficace et d’éviter les satanées blessures.

Je vous dirais que les éducatifs sont toujours importants à faire, même quand on manque de temps, même avant un maudit marathon. Et oui, s’échauffer 10 minutes et faire quelques étirements dynamiques et éducatifs avant un 42,2km peut faire en sorte que l’enthousiasme du départ n’hypothèque pas trop le reste de la course (tu sais, quand on part trop vite…) et que les muscles et les articulations soient bien prêts à ouvrir la machine. Enfin, c’est à toi les oreilles.

Crois-tu sincèrement qu’un boxeur montrait sur le ring pour un combat sans avoir pratiqué ses éducatifs? Jamais! L’entraînement de boxe, c’est ça, essentiellement, des éducatifs. Ce sont les principaux outils servant à développer les habiletés de l’athlète. Quand tu t’en vas courir, ton principal adversaire, c’est toi, et, crois-moi, tu ne veux pas te tapocher le corps inutilement. Pense au boxeur, et agit en vainqueur, donc, travaille ton affaire au préalable, ta technique, ton corps, tes muscles stabilisateurs; minimalement, tu gagneras en confiance, en énergie, accessoirement, tu gagneras du temps et un beau style! Tu ne peux pas perdre.

Éducaquoi?

Parfois c’est gossant

Ben oui, parfois c’est gossant de faire des éducatifs. On a l’impression de perdre notre temps ou encore, d’avoir tellement de mal à bien faire certains d’entre eux qu’on a plus l’air d’un sumo au ballet que d’un athlète en préparation. Ben oui. Pour l’instant, il y a peut-être certains éducatifs qui passent mal le test du style, mais ça va venir. Moi non plus, tu sais, ça ne me tente pas toujours des faire ou d’en parler. J’aime mieux te parler de Nadia ou encore de Julie, Fanny, Alexia, Laurène, Marianne ou Arianne (pas de ma faute, il y a presque juste des filles autour de moi, toutes belles en plus), mais je prends mon mal en patience car je sais que ça porte fruit. Je fais même mes éducatifs avant mes courses et avant mes triathlons. Enfin, presque toujours. Tu sais, je n’ai pas seulement fait des maudits marathons (lire « Le maudit manteau du marathon »), j’ai aussi fait de bonnes courses, et je t’assure et te répète que même avant un marathon, si tu prends le temps… Enfin!

Mais je le sais-tu rien qu’un peu que ça peut être gossant? Tu parles! Surtout en natation. Ah, si t’es en groupe, ça va (autre bonne raison de joindre un club, lire « L’effet de groupe »), mais seul, t’arrive dans un corridor à ta vitesse et puis là, tu te mets à faire des simagrées qui retardent les autres nageurs ou carrément, leur font peur. Là, j’avoue, qu’on doit parfois les sauter s’il y a trop de monde dans tous les corridors, mais ne saute pas trop vite sur l’occasion (tous les prétextes mènent au sofa à moyen terme; pas de raccourcis faciles s-t-p), car souvent, les éducatifs de natation sont aussi (sinon plus) importants que le set principal. C’est là que tu attrapes quelque chose, quelque chose qui te fera progresser. C’est lors des éducatifs qu’on a le plus de déclics et de révélations, c’est là, si on compare avec un apprenti conducteur qui s’essaye à la boîte de vitesses manuelle, qu’on comprend comment jouer avec la pédale d’embrayage pour un changement de vitesses efficace. À vélo aussi, c’est parfois difficile de faire des éducatifs, mais pas si tu trouves un bon terrain de jeux. Faut cependant accepter de se faire dépasser par Mario ou Claudine (les gars n’aiment pas se faire dépasser par Claudine, je sais) qui ne savent pas que t’en en train de travailler ton coup de pédale, mais ils verront les résultats le jour J…

Assiduité

Tu le sais. Mais si tu ne le sais pas je vais te le dire : si les éducatifs sont des composantes du moteur, l’assiduité en est la clé. Donc, il faut être assidu dans sa discipline et assidu avec les éducatifs. T’as beau te payer un entraîneur personnel, un beau plan ou t’inscrire au club le plus sympathique en ville, il faut faire tes devoirs. Dans un club, c’est flagrant. Quelqu’un s’absente 3 semaines (sans faire les entraînements et les éducatifs de son côté) et quand il revient, et bien, il est à la bourre…Les autres ont progressé et ça se voit comme le nez dans le visage; tu ne dépasses plus Julie comme avant et Arianne, ben, Arianne, n’y pense même plus, tu ne t’en approcheras pas, elle est rendue dans une catégorie à part (toi qui pensait faire ton 70,3 dans l’ombre de ses pas, ben c’est raté, elle aura déjà pris sa douche quand tu franchiras le fil d’arrivée…). Et maintenant, Arianne sourit encore plus qu’avant quand elle termine. C’est simple, faut être assidu dans les grosses semaines d’entraînement autant que dans ses repos.

Engagez-vous qu’ils disaient

Je l’ai dit d’entrée de jeu, il y a une notion d’engagement dans le sport. C’est une discipline. Nadia s’est préparée pour un temps minimal de course en continu, elle s’est donc engagée, la moindre des choses, pour ma part, c’est de m’engager à l’accompagner. On t’a préparé un entraînement? Fais-le. Pas pour ton coach (un peu quand même, si tu veux qu’il se sente respecté pour son travail…), mais pour toi, pour ton corps. Surtout si tu t’attaques à des grosses affaires (lire Tout est possible…vraiment?). Je le répète souvent : tu n’es pas obligé de faire un marathon, mais si tu décides de le faire, respecte l’engagement envers la distance mythique et envers ta santé, donc, prépare-toi ou choisi un défi plus modeste pour l’instant. Le jour où on s’engage correctement, c’est souvent un jour de révélation, un jour de lunettes neuves. On n’est plus surpris (ou agressé) par la charge d’entraînement ou par l’intensité, non, c’est plutôt l’inverse qui se produit; on sent qu’on se donne, pour une période déterminée, les moyens qu’il faut pour pratiquer notre sport dans le bonheur et le dépassement (tout relatif et personnel, le dépassement). L’engagement, ça commence d’abord envers soi-même.

Tu sais ce qu’il te reste à faire? Vas voir les vidéos sur YouTube ou autres où l’on parle des éducatifs qui te concerne, tu vas voir, c’est parfois aussi prenant qu’une télésérie.

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